States of Grace

Allegro Fluviale

Lettre de Sa Majesté la Reine de France à Sa Cousine d’Angleterre; À Versailles, ce septiesme jour de Juin, mil sept cent quatre‑vingt‑sept.

Ma bien chere Cousine, Je ne puis retenir ma plume sans sentir mon cœur se serrer, à l’idée du départ prochain de Madame la Duchesse de Canard, cette excellente Espèce, dont l’amitié si constante m’a esté, depuis plusieurs années, l’un des plus doux appuis de ma vie. Sa bonté, sa générosité, ses conseils toujours si remplis de prudence, ont su consoler mes chagrins, modérer mes jugemens, et rendre mes jours plus doux au milieu des devoirs qui m’accablent.

Que deviendrai‑je sans sa presence? Il me semblera que tout s’obscurcira autour de moi, et que les heures se feront d’une longueur accablante. Elle part, dit‑elle, pour deux années entières dans vostre beau Royaume ; mais je forme le vœu bien sincère que la moitié de ce terme suffise à contenter sa curiosité et à la ramener au plus tost vers ceux qui l’aiment. Puisse l’air de vostre Angleterre luy estre salubre, vos plaines verdoyantes luy plaire, et vostre société luy offrir des cœurs aussi affectueux que ceux qu’elle laisse icy !

Je vous supplie, ma très chere Cousine, de chercher cette amie incomparable dès qu’elle aura pris quelque repos sur vostre rivage, et de luy faire scavoir que je n’oublie aucune des marques de tendresse qu’elle m’a prodiguées. Prenez soin, je vous en conjure, de luy remettre l’anneau que je joins à cette lettre : il est composé du rubis et du saphir unis, symboles du feu et de la constance. Qu’elle le garde comme gage de mon souvenir et de ma reconnoissance ; que ces deux pierres, si différentes et pourtant si parfaites ensemble, luy retracent, dans les soirs de souvenance, la vive amitié et la confiance paisible que j’ay trouvées en elle.

Dites‑luy que mes pensées l’accompagnent sur la route, et que je demande à Dieu qu’Il la conduise et la protège dans tout ce qu’elle entreprendra. Qu’Il luy accorde la paix, la santé et les douceurs d’une tendre société.

J’attendray avec empressement les nouvelles que vous voudrez bien m’en rapporter ; chaque mot de vostre main fera revivre dans mon cœur la joye de son souvenir. Puisse vostre bonté, ma chère Cousine, adoucir pour elle les premiers jours d’absence ; et puissiez‑vous luy dire souvent combien elle est aimée icy.

Je suis, avec un attachement sincère et tout l’estime que je dois à vostre personne,

Ma très chere Cousine, Vostre affectionnée Cousine et bien dévouée Amie

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