Spring, 1820
Je n’écris point aujourd’hui en anglais, parce que ce sujet ne doit pas tomber sous des yeux profanes. Le devoir conjugal, si naturel en apparence, m’échappe par son absurdité lorsqu’on l’examine froidement. Les médecins et les poètes s’accordent à prétendre qu’il faut s’y livrer pour donner des héritiers, et certes la maison n’en saurait manquer. Mais l’institution est crue, et le procédé, disons‑le, d’une rusticité qui offense la raison.
J’ai lu, pour m’instruire, les petits volumes d’Eliza Haywood, puis ces Mémoires d’une Femme de Plaisir que tout le monde condamne et que tout le monde consulte. Enfin, j’ai ouvert ce singulier traité venu de l’Inde, le Kama Sutra. Il y règne une science du corps, un art de mesure et d’équilibre, mais, hélas, nulle philosophie capable d’en justifier la nécessité morale.
Lorsqu’il vient, animé de ses projets domestiques, je fais ce qu’il faut—copulatio uxoralis ad procreationem tantum—et puis je reste, un instant, à contempler le plafond, songeant combien la nature a pu inventer de moyens plus gracieux pour perpétuer ses espèces. Je ne puis y découvrir, malgré l’opinion commune, aucune espèce d’voluptas propriè dicta, sinon un désordre de la respiration et un engourdissement du sentiment.
Qu’on me pardonne cette froideur : elle ne vient point du cœur mais de l’esprit, qui ne peut souffrir que ce commerce soit nommé amour. C’est, au vrai, un procédé pour ébranler le plumage d’une femme raisonnable. Et pourtant, si l’univers ne vivait que d’amitié, il s’éteindrait en une génération. Voilà la contradiction divine.
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